La France se prépare pour la Coupe du Monde 2026 avec un avertissement clair de l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ) destiné aux détenteurs de licences de paris sportifs. Alors que le pays s’attend à un engouement massif sur les plateformes de télévision, numériques et de paris, le régulateur met en garde contre d’éventuelles dérives publicitaires et de marketing.
En tant qu’un des favoris pour remporter le tournoi, la France pourrait voir ses activités de paris dépasser le record de 900 millions d’euros misés lors de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. L’ANJ estime que les enjeux totaux pourraient atteindre jusqu’à 1,2 milliard d’euros, en fonction des performances de l’équipe dirigée par Didier Deschamps.
L’ANJ, régulateur des jeux d’argent en France, a passé en revue les plans publicitaires du Mondial de 18 opérateurs de paris en ligne titulaires de licence. L’objectif est de veiller à ce que les messages promotionnels restent conformes aux normes et n’encouragent pas un comportement de jeu excessif.
Dans sa dernière étude de consommation, le régulateur a relevé des signes d’un appétit croissant pour les paris parmi les consommateurs français. Il est noté que : « Les parieurs français sont plus enclins qu’auparavant à déclarer qu’ils dépenseront plus d’argent, avec 30% en 2026 contre 19% en 2022. Sans surprise, les matchs impliquant l’équipe nationale française suscitent le plus d’intérêt, suivis des rencontres à élimination directe à fort enjeu. »
Ces conclusions ont incité l’ANJ à lancer une nouvelle campagne de sensibilisation publique, Zone à Risques, conçue pour mettre en lumière les dangers associés aux paris sportifs excessifs lors des grands événements sportifs. Créée par l’agence LIBRE, la campagne transforme la bannière d’avertissement légal jaune présente sur les publicités de jeux d’argent en une zone de danger visible. À travers des installations publiques et des médias numériques, la campagne démontre comment les parieurs peuvent être piégés dans des cycles de poursuite des pertes, d’augmentation des mises et finalement de perte de contrôle de leur activité de jeu.
Cette campagne représente l’une des dernières interventions publiques d’Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l’ANJ, dont le mandat de six ans se termine le 15 juin. Elle souligne : « Alors que cette Coupe du Monde approche, nous entrons dans une zone de risque avec plusieurs signaux d’alarme clignotant en rouge pour le régulateur : un plus grand nombre de matchs et donc plus d’opportunités de publicité et de paris, alors même que nous observons une augmentation du nombre de joueurs excessifs et de leur contribution aux revenus des opérateurs. »
La présidente sortante a également mis en avant des préoccupations concernant l’augmentation des intentions de pari chez les jeunes consommateurs et la contribution croissante du jeu excessif aux revenus des opérateurs.
Le départ de Falque-Pierrotin marque la fin d’un chapitre significatif dans la régulation des jeux en France. Le mois dernier, le gouvernement français a nommé Pascal Chevremont pour lui succéder à la présidence de l’ANJ. Haut fonctionnaire du Trésor et diplômé de l’École Nationale d’Administration (ENA), Chevremont a été proposé par le Premier ministre Sébastien Lecornu et approuvé par la présidence française. Sa nomination devrait être officiellement ratifiée par le président Emmanuel Macron après les procédures d’examen parlementaire plus tard ce mois-ci.
Chevremont héritera d’un agenda réglementaire axé sur le renforcement de la protection des consommateurs et l’amélioration du suivi des dommages liés aux jeux d’argent. Parmi les projets clés de l’ANJ figure la mise en œuvre d’un nouvel algorithme comportemental conçu pour identifier les schémas de jeu excessif et fournir aux régulateurs une mesure plus précise du jeu problématique sur le marché français des paris en ligne.
Le régulateur a dévoilé l’algorithme plus tôt cette année dans le cadre de sa stratégie de surveillance fondée sur les données. Le système est censé analyser le comportement des joueurs à travers les opérateurs licenciés et identifier les indicateurs de risque avant que le préjudice lié au jeu n’escalade.
L’ANJ espère déployer ce cadre d’ici la fin de 2026, créant ce qui pourrait devenir l’un des systèmes de surveillance réglementaire les plus avancés d’Europe pour les dommages liés aux jeux d’argent.
Pour le régulateur, la Coupe du Monde servira non seulement de plus grand événement de paris du calendrier français, mais aussi de test crucial pour déterminer si les opérateurs peuvent équilibrer leurs ambitions commerciales avec des attentes de plus en plus strictes en matière de protection des joueurs.

Bertrand Robert est un rédacteur expérimenté dans le domaine des jeux d’argent en ligne et des casinos en lignes.
