En 2018, l’ancien président brésilien Michel Temer a signé la loi réglementant les jeux d’argent, ouvrant ainsi la voie à la légalisation des paris à cotes fixes dans le pays. Cependant, dans une interview récente sur le programme brésilien « Frente a Frente », il a exprimé sa désapprobation quant aux conséquences de cette décision, soulignant que les mesures ultérieures n’ont pas réussi à effacer les problèmes engendrés par l’expansion rapide des paris.
Temer a précisé qu’il ne regrette pas son choix, sachant que la réglementation viendrait plus tard, mais il ne peut applaudir la mesure prise à l’époque. Alors que le cadre réglementaire du secteur a été complété sous l’administration de Luiz Inácio Lula da Silva par l’introduction de règles sur les opérations, la publicité, la surveillance, les mesures de lutte contre le blanchiment d’argent et le jeu responsable, la question reste brûlante.
L’interview survient à un moment où les paris en ligne sont sous le feu des critiques au Brésil, en raison des préoccupations croissantes sur leur lien avec l’endettement des ménages, à l’approche des élections de fin d’année, et de la Coupe du Monde de la FIFA 2026. C’est la première Coupe du Monde depuis que le secteur a été régulé, et elle est accompagnée d’une publicité massive pour les paris.
Explorant le contexte de sa décision de l’époque, Temer explique qu’à la fin de son mandat, une forte pression existait pour légaliser les casinos au Brésil. La légalisation des paris sportifs était alors perçue comme un compromis face à la résistance à l’ouverture des casinos. « Un moindre mal. C’est ce qui m’a conduit à signer à l’époque », déclare-t-il.
L’ancien président s’inquiète de la croissance rapide des paris. Il reconnaît que le jeu illégal existait déjà avant la légalisation, notamment avec des opérations clandestines de roulette, de bingo et autres à travers le pays, mais il soutient que l’accès numérique a considérablement élargi l’activité. « Ce n’est pas bénéfique pour le pays », affirme-t-il sans détour.
Aujourd’hui, face à l’évolution du paysage, Temer appelle à une « réglementation stricte » et à une « surveillance très étroite ». Bien que les réglementations brésiliennes sur les paris en ligne soient critiquées par certains politiciens et une partie de la population, elles sont vues par d’autres pays comme un modèle de cadre réglementaire.
Temer envisage aussi la possibilité de restreindre l’accès aux paris pour certains groupes, citant les bénéficiaires du programme social Bolsa Família comme exemple. À ses yeux, le gouvernement a la légitimité de guider l’utilisation des fonds distribués à travers les programmes d’assistance sociale.
En dépit de la prudence de Temer, d’autres voix dans le pays défendent la légalisation des paris comme un moteur potentiel de croissance économique. Ils soulignent que la régulation peut générer d’importants revenus fiscaux, qui peuvent être réinvestis dans des secteurs clés comme l’éducation et la santé. De plus, la légalisation offre un cadre pour mieux contrôler et surveiller les activités de jeu, réduisant ainsi les risques associés aux opérations clandestines.
Cependant, les critiques soulignent que l’expansion des paris peut exacerber les problèmes sociaux, notamment l’endettement et la dépendance au jeu. La publicité omniprésente pour les paris, en particulier auprès des jeunes et des groupes vulnérables, est une préoccupation majeure. Dans ce contexte, des débats intenses se poursuivent sur la nécessité d’un cadre plus rigide pour équilibrer les avantages économiques avec la responsabilité sociale.
Alors que le Brésil avance dans sa régulation des paris, la question reste complexe, nécessitant un équilibre délicat entre les enjeux économiques et sociaux. Les discussions actuelles pourraient bien façonner l’avenir du secteur, influençant non seulement la politique nationale, mais aussi la perception du Brésil sur la scène internationale en matière de jeux d’argent responsables.
