Débat sur la crypto ou la canalisation : le véritable enjeu du marché iGaming finlandais

En 2027, la Finlande s’apprête à ouvrir son marché d’iGaming sous licence commerciale, une transition qui met l’accent sur la canalisation des joueurs vers des opérateurs agréés. La question de la canalisation, c’est-à-dire diriger les joueurs vers des plateformes réglementées et loin des opérateurs non agréés, est au cœur des préoccupations. Une multitude de facteurs contribuent à cette canalisation, allant du marketing d’affiliation à la variété des jeux en passant par les options de paiement.

Un point qui suscite un vif débat est l’utilisation des paiements en cryptomonnaie. Bien que certains soutiennent que leur intégration pourrait éloigner les joueurs du marché noir, les paiements en crypto restent interdits pour les opérateurs sous licence.

Selon Jon Hautamäki, associé chez Nordic Law, la situation en matière de canalisation dans le marché finlandais est nuancée. Alors que la mise en œuvre d’un marché au-delà du monopole se prépare, il attire l’attention sur l’importance relative des paiements en cryptomonnaie dans ce contexte. Un article récent sur iGaming Expert suggère que la véritable bataille se situe du côté des affiliés plutôt que des cryptos, une analyse corroborée par les données finlandaises montrant que l’adoption des cryptos est encore marginale par rapport aux instruments de paiement traditionnels.

Cependant, réduire la question des cryptos à une simple non-pertinence serait trop simpliste. Ce n’est pas tant l’adoption imminente des cryptomonnaies qui pose problème, mais plutôt la manière dont l’interdiction a été articulée et ce qu’elle révèle sur le cadre réglementaire dans son ensemble.

Le but de la réforme selon la Proposition gouvernementale finlandaise est de prévenir et de réduire les méfaits liés aux jeux, de protéger légalement les joueurs et d’empêcher les crimes liés aux jeux, le tout en améliorant la canalisation des joueurs vers les opérateurs sous licence. Autrement dit, la canalisation est le mécanisme par lequel ces objectifs doivent être atteints. Les modèles de revenus du gouvernement sont basés sur des scénarios de canalisation de 80% et 90%, un seuil que le cadre actuel devra prouver être capable de franchir.

Cependant, la Finlande a introduit quatre restrictions qui risquent de rediriger les joueurs vers le marché offshore : l’interdiction du marketing d’affiliation, des restrictions sur le marketing dans les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, l’interdiction des bonus pour l’acquisition de clients, et l’interdiction généralisée des jeux d’argent avec des actifs cryptographiques.

L’interdiction du marketing d’affiliation à elle seule pourrait sérieusement entraver la capacité de canalisation du système. Ces restrictions, prises ensemble, n’ont jamais été modélisées dans leur impact cumulé sur la canalisation.

En examinant les succès de la Suède et du Danemark où la canalisation a nettement augmenté avec l’octroi de licences, la Finlande pourrait s’interroger sur l’efficacité de son modèle actuel. Le marché suédois, par exemple, a vu la canalisation passer de 71% à 93% après l’octroi de licences, tandis que le Danemark a constaté une augmentation de près de 30 points de pourcentage.

Le déclin de la canalisation en ligne de Veikkaus au cours de la dernière décennie a précisément motivé cette réforme. Un joueur insatisfait se tourne facilement vers un site non agréé, et il est par la suite difficile de le ramener vers les opérateurs sous licence. Un cadre qui prend la canalisation au sérieux devrait réduire cette friction, non l’augmenter. Les mesures de prévention des méfaits, telles que les limites de dépôt, l’auto-exclusion et le marketing supervisé, ne protègent que les joueurs qui restent dans le système sous licence.

Concernant la crypto, bien qu’elle ne soit pas le facteur décisif, son interdiction est un exemple révélateur des problématiques de conception du cadre. Le bannissement des cryptomonnaies se base davantage sur la technologie sous-jacente que sur le statut réglementaire de l’actif, un point qui pose question dans une ère où les tokens d’argent électronique régulés sous MiCA sont traités sur un pied d’égalité avec l’argent électronique pour les paiements.

Les obligations anti-blanchiment qui s’appliquent aux prestataires de services d’actifs cryptographiques sous MiCA, le Règlement sur les transferts de fonds et le paquet AML de l’UE sont identiques aux devoirs d’identification et de surveillance des transactions qui s’appliquent déjà aux prestataires de services de paiement traditionnels. La prudence est justifiée, mais elle doit mener à une régulation attentive plutôt qu’à une exclusion totale qui déplace l’activité vers le marché offshore, hors de toute supervision finlandaise.

En fin de compte, le marché réglementé peut rivaliser avec le marché noir, mais pas avec les règles actuelles en place. L’élément le plus efficace n’est ni la crypto ni une règle marketing spécifique. La suppression de l’offre non agréée, combinée à un régime de marketing permettant aux opérateurs sous licence d’atteindre effectivement les joueurs actuellement captifs du marché non agréé, est la véritable clé de la canalisation.

Les questions autour des cryptos et des bonus seront probablement réexaminées une fois que les données de canalisation seront disponibles, mais pour l’instant, les opérateurs doivent s’adapter au cadre en place tout en reconnaissant qu’un marché actif pourrait influencer des changements futurs.

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