Le 12 juin 2026, la Commission Européenne (CE) a répondu aux interrogations sur l’efficacité du Digital Services Act (DSA) pour permettre aux États membres de l’UE de combattre et de sanctionner la « promotion des jeux d’argent en ligne non autorisés ». L’inquiétude croissante face à la prolifération de ces pratiques illégales a été soulevée en avril par Sabine Verheyen, députée européenne du groupe PPE, représentant l’Union Chrétienne-Démocrate allemande.
Verheyen a attiré l’attention sur une étude de 2024 menée par Yield Sec, commandée par l’Association Européenne des Casinos, révélant que 71% des activités de jeux d’argent en ligne visant les utilisateurs européens se déroulent sur des sites non autorisés, donc illégaux. Ces opérateurs généreraient environ 80 milliards d’euros de revenus bruts de jeux (GGR) par an, surpassant largement les 33 milliards d’euros générés par leurs homologues licenciés.
Les rapports indiquent que des créateurs de contenu promeuvent activement ces sites illégaux sur des plateformes telles que YouTube et Twitch via des programmes de marketing d’affiliation. Verheyen a interpellé la Commission sur la sensibilisation à cette promotion, l’éventuelle enquête approfondie à mener et les mesures en place pour renforcer l’application du DSA.
Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive, a reconnu le 12 juin les préoccupations concernant la publicité non divulguée et la promotion de produits illégaux en ligne. Elle a affirmé que le DSA offre déjà des mécanismes pour identifier et supprimer les contenus illégaux. « Le Digital Services Act exige des plateformes en ligne qu’elles fournissent un mécanisme facile d’avis et d’action permettant aux utilisateurs de signaler les contenus, y compris les publicités, qu’ils estiment illégaux », a-t-elle expliqué.
Les plates-formes très importantes (VLOPs) et les moteurs de recherche très importants (VLOSEs) doivent évaluer et atténuer les risques systémiques liés à la diffusion de contenus illégaux. Les règles du DSA, en vigueur depuis février 2024, s’appliquent aux éditeurs de médias, aux places de marché, aux moteurs de recherche et aux réseaux sociaux dans l’UE, imposant des obligations pour supprimer les contenus illégaux, accroître la transparence publicitaire et établir des mécanismes de rapport clairs.
Le DSA a été établi pour protéger le public européen contre les escroqueries et les dommages en ligne, qu’ils soient financiers, liés aux consommateurs, à la réputation ou sociétaux. Il impose des obligations accrues aux grandes plateformes technologiques pour évaluer les risques systémiques, auditer les algorithmes et mettre en œuvre des garanties pour réduire les dommages liés aux produits et services illégaux.
Virkkunen a souligné l’obligation du DSA de clairement étiqueter le contenu commercial, tandis que la future loi sur l’équité numérique prévoit d’introduire des mesures ciblant les pratiques de marketing d’influence déloyales. La Commission a mentionné des procédures en cours contre de grandes plateformes technologiques, notamment Meta, pour les mécanismes d’avis et d’action sur Facebook et Instagram, et Snapchat pour la promotion de produits interdits ou réservés aux adultes auprès des mineurs.
La Commission évalue également l’efficacité des boutiques d’applications pour empêcher l’accès des mineurs aux applications réservées, y compris les produits de jeux d’argent. Le DSA donne à la Commission des pouvoirs de sanctions importants. Les entreprises enfreignant le règlement peuvent se voir infliger des amendes pouvant atteindre 6% de leur chiffre d’affaires annuel mondial, tandis que les violations répétées et graves peuvent entraîner des restrictions temporaires sur les services dans l’UE.
Malgré la portée étendue de la législation, des inquiétudes persistent quant à l’efficacité de son application. Les détenteurs de droits doutent de la capacité du DSA à combattre adéquatement la violation des droits d’auteur et le vol de propriété intellectuelle, tandis que les groupes de consommateurs continuent de presser les plateformes sur les problématiques de contenu nuisible, de contrefaçon, de fraude en ligne et de protection des mineurs.
Pour les décideurs politiques, le défi central demeure de savoir si le DSA peut vraiment contraindre les plus grandes entreprises technologiques mondiales à surveiller efficacement leurs plateformes. La plupart des services soumis aux exigences les plus strictes de la réglementation sont exploités par des géants technologiques américains dont les modèles économiques dépendent du contenu généré par les utilisateurs et des revenus publicitaires.
L’intervention de Verheyen met en lumière un débat plus large sur la capacité du DSA à se traduire en résultats concrets en matière d’application. Jusqu’à ce que le DSA démontre sa capacité, des questions subsisteront sur la possibilité pour le cadre réglementaire numérique de l’Europe de réduire significativement la visibilité et la portée des opérateurs non autorisés sur les plateformes en ligne.
