En août 2026, le président Yamandú Orsi et son gouvernement du Frente Amplio se trouvent à un carrefour crucial pour l’avenir des jeux d’argent en ligne en Uruguay. Deux propositions distinctes sont sur la table, alors que le pays envisage de libéraliser un marché longtemps resté fermé depuis l’interdiction de 2017, instaurée par la Loi d’exécution budgétaire.
Sous l’impulsion d’Orsi, en poste depuis mars 2025, le débat sur les jeux en ligne a repris au sein de l’Assemblée générale de Montevideo. Une nouvelle législation a été présentée à l’Exécutif, promettant de remodeler un secteur où seul Supermatch, la plateforme de paris sportifs en ligne détenue par La Banca, sous contrat avec la Dirección Nacional de Loterías y Quinielas (DNLQ), est actuellement autorisée.
La situation en Uruguay contraste fortement avec celle de ses voisins. Le Brésil a lancé un marché de paris sous réglementation fédérale en janvier 2025, et plusieurs provinces argentines ont mis en place leurs propres systèmes de licences, laissant l’Uruguay dans une position d’isolement régional.
La première proposition, initiée par le sénateur du Frente Amplio Felipe Carballo, prône un modèle mixte. Ce système serait dirigé par l’État tout en permettant la participation d’opérateurs privés sous licence. Une nouvelle Plateforme de Jeux d’Argent en Ligne d’État, supervisée par la DNLQ, serait créée pour offrir et surveiller directement les produits de jeux numériques. Le projet de loi propose également la création d’une Agence Nationale de Régulation des Jeux d’Argent en Ligne, consolidant les responsabilités actuellement dispersées entre plusieurs entités publiques.
Selon Carballo, la régulation est une nécessité économique, politique et de santé publique. Le sénateur souligne que les jeux offshore génèrent déjà des revenus significatifs des consommateurs uruguayens sans offrir en retour de taxation, de transparence ou de protection adéquate des joueurs. En outre, les clients devraient s’inscrire à un Registre National des Joueurs Numériques, et des fonds seraient alloués à la prévention et au traitement de l’addiction aux jeux.
En parallèle, le secteur privé des casinos en Uruguay, représenté par la Chambre Urugayenne des Opérateurs et Prestataires de Services de Casinos et Lieux de Divertissement (CUOASEC), a proposé un plan concurrent. Ce projet, soumis à l’Exécutif, préconise d’ancrer les opérateurs de casinos terrestres actuels au cœur du marché régulé. Selon CUOASEC, leurs membres ont investi plus de 600 millions de dollars dans le pays et soutiennent environ 20 000 emplois.
La chambre insiste pour que les opérateurs en ligne non autorisés soient bloqués et propose l’établissement d’un domaine exclusif “.bet.uy” pour identifier les opérateurs licenciés. Le plan inclut également des mesures de transparence financière, de lutte contre le blanchiment d’argent, et de protection des données.
La différence clé réside dans l’accès au marché. CUOASEC veut lier les licences en ligne aux entreprises déjà autorisées à exploiter des casinos terrestres en Uruguay, protégeant ainsi les investissements existants tout en permettant la concurrence avec les plateformes offshore.
Cependant, certaines questions restent en suspens. Les détails sur la fiscalité, les frais de licence, le nombre et la durée des permis, et le traitement des paris sportifs en ligne n’ont pas encore été précisés. De plus, l’éligibilité des futurs concessionnaires de casinos à obtenir automatiquement des licences en ligne n’est pas clairement définie.
Giuseppe Cipriani, dont le développement de complexe hôtelier et de casino au San Rafael de Punta del Este ouvrira en fin 2026, considère les droits de jeux en ligne comme essentiels à la gestion d’un casino intégré moderne. Cette incertitude reflète les disputes passées qui ont fait échouer une réforme sous l’ancien président Lacalle Pou, dont le projet de loi avait avorté dans la Chambre des députés après approbation par le Sénat.
La décision qui attend le gouvernement Orsi est cruciale : soutenir la plateforme dirigée par l’État proposée par Carballo, adopter le modèle d’extension terrestre de la CUOASEC ou encore élaborer un compromis via une proposition législative hybride. L’issue de ce débat déterminera non seulement l’avenir des jeux d’argent en ligne en Uruguay, mais aussi son impact économique et social. Une approche équilibrée pourrait bien être la clé pour concilier régulation efficace, protection des joueurs et développements économiques.
