En mai 2026, le président Recep Tayyip Erdoğan a intensifié la lutte contre le jeu illégal en ordonnant à l’unité de renseignement de MASAK de renforcer la surveillance des transactions des consommateurs et des données liées aux opérateurs de jeu non autorisés. Cette initiative, dirigée par le Conseil d’enquête sur les crimes financiers de Turquie, se concentre sur l’examen de 13,8 millions de données utilisateur associées à des bases de données de paris illégaux et à des systèmes de paiement.
Selon le média turc Haberler, les autorités ont déjà identifié plus de trois millions de numéros d’identification turcs liés à des transactions de jeu. Ce que les médias nationaux qualifient d’opération anti-paris la plus importante de l’histoire de la République. Cette campagne s’inscrit dans le cadre du « Plan d’action pour la lutte contre les paris illégaux et les jeux virtuels » d’Erdoğan pour 2025–2026, une initiative présidentielle visant à mobiliser l’État turc contre les opérateurs offshore, les processeurs de paiement et les consommateurs participant à des activités de paris sur le marché noir.
Erdoğan a de plus en plus souvent présenté le jeu illégal comme une menace nationale au même titre que le terrorisme. Plus tôt cette année, il a averti que les réseaux de paris en ligne endommageaient la société turque par le biais de la dette, du crime organisé et du blanchiment d’argent. Pour lui, « les jeux d’argent, l’alcool, les drogues et les paris en ligne sont des menaces capables de détruire notre structure sociale tout comme le terrorisme ».
Dans cette nouvelle phase de répression, MASAK et les autorités turques ont arrêté 108 personnes à travers 35 provinces, jugées comme complices de réseaux de paris et de jeux d’argent illégaux. La supervision de cette campagne répressive est désormais sous l’autorité du nouveau ministre de la Justice de Turquie, Akın Gürlek, qui supervise l’application de mesures renforcées en vertu des dispositions révisées du Code pénal turc et du programme de réforme judiciaire plus large du pays.
Les réformes accordent aux procureurs des pouvoirs étendus pour geler des comptes, saisir des actifs et engager des poursuites criminelles liées à des transactions de jeu illégales. Les autorités turques examinent également plus de 14 000 comptes de dépôt et 52 000 comptes de retrait soupçonnés d’avoir facilité des paiements de paris via des réseaux offshore.
Bien que la première phase de l’application de la loi ait porté sur les consommateurs turcs et les canaux de paiement nationaux, MASAK devrait désormais élargir ses enquêtes directement vers les opérateurs desservant la Turquie depuis des juridictions voisines. Les rapports des médias turcs indiquent que la prochaine vague d’application ciblera les réseaux de jeu basés en Géorgie, Chypre du Nord, Arménie et Macédoine du Nord — des juridictions qu’Ankara estime être devenues des hubs pour les opérations de paris en langue turque et les activités de routage de paiements.
Ce mouvement marque une escalade notable de la campagne politique de longue date d’Erdoğan pour « nettoyer la Turquie des jeux d’argent », un engagement souvent lié à son agenda conservateur et nationaliste plus large en vue des futurs cycles électoraux.
Cependant, l’ampleur du marché clandestin souligne le défi auquel fait face Ankara. Les régulateurs turcs estiment que des milliards de lires continuent de circuler chaque année à travers des systèmes de paris illégaux malgré des années de blocages d’ISP, de restrictions bancaires et d’arrestations visant les intermédiaires et les affiliés. Pour Erdoğan, la répression a maintenant évolué au-delà de la politique de la moralité pour devenir une question financière et de sécurité nationale plus large. Le gouvernement turc considère de plus en plus les paris illégaux comme faisant partie d’une économie parallèle qui s’entrecroise avec le crime organisé, la finance offshore et les réseaux de blanchiment d’argent numérique opérant au-delà du contrôle d’Ankara.
Toutefois, des voix critiques soulignent que l’approche de répression pourrait ne pas être durable à long terme. Un expert anonyme du secteur a fait remarquer que tant qu’il y aura une demande des consommateurs et que les technologies de contournement évolueront, le jeu illégal continuera à prospérer sous une forme ou une autre. Il suggère plutôt une approche équilibrée qui intègre la régulation et l’éducation des consommateurs pour traiter réellement le problème à sa racine.
