Meta, déjà sous le feu des critiques des régulateurs pour sa gestion des publicités liées aux jeux d’argent, pourrait voir sa relation avec ces derniers se détériorer encore davantage alors que l’entreprise envisage de se lancer sur le marché des prédictions. Selon le New York Times, Mark Zuckerberg, le fondateur de Meta, aurait ordonné à une équipe de développeurs de créer une application de marchés de prédiction destinée à concurrencer des plateformes comme Polymarket et Kalshi.
Prévue pour être baptisée Arena, cette application devrait initialement utiliser un système basé sur des points plutôt que sur de l’argent réel. Toutefois, la possibilité de passer à des paris en argent réel n’est pas écartée, compte tenu de la taille croissante du secteur des marchés de prédiction. En effet, le volume mondial de transactions mensuelles sur ces plateformes est passé de 5 milliards de dollars à 24 milliards de dollars en moins d’un an, d’après le Pew Research Centre.
Cependant, le secteur des marchés de prédiction est en pleine effervescence, confronté à de nombreux défis juridiques aux États-Unis et ailleurs, avec des accusations selon lesquelles il offrirait des paris sportifs sans les licences ou les mesures de protection nécessaires pour les joueurs. Une déclaration conjointe de neuf régulateurs européens, dont ceux des Pays-Bas, de la France, de l’Allemagne et de l’Italie, a décrit ces plateformes comme présentant « un risque sérieux d’illégalité, de blocage des fonds, de fraude par information privilégiée et de volatilité financière ». Ils ajoutent que la visibilité et l’accessibilité de ces plateformes créent un cycle addictif important.
Du côté de Meta, l’entreprise continue de faire face à des allégations selon lesquelles ses plateformes de médias sociaux seraient inondées de publicités pour des jeux d’argent illégaux. Une enquête de Reuters a suggéré que l’entreprise tirerait des milliards de dollars chaque année de la diffusion d’annonces frauduleuses, y compris celles pour des jeux d’argent illégaux. En conséquence, Meta est confrontée à des poursuites judiciaires en Thaïlande et aux Pays-Bas pour ses mesures jugées « structurellement inadéquates » dans le traitement des publicités illégales. Tim Miller de la Gambling Commission a exprimé son impatience croissante avec les géants technologiques qui, selon lui, ne font pas leur part pour arrêter ces publicités illégales.
La question se pose donc de savoir si l’initiative de Meta sur le marché des prédictions sera financièrement rentable. En 2020, l’entreprise avait lancé Forecast, une application de marché de prédiction participatif, mais celle-ci a été discrètement abandonnée en 2022. Pour réussir, Meta devra convaincre de nouveaux utilisateurs d’essayer leur plateforme ou détourner ceux qui utilisent déjà des plateformes comme Polymarket et Kalshi.
Cependant, le terrain est plus complexe pour les marchés de prédiction. En plus de Kalshi et Polymarket, FanDuel et DraftKings ont également commencé à offrir des produits de type marché de prédiction aux États-Unis, augmentant ainsi la concurrence pour Meta. Par ailleurs, de nombreux pays ont explicitement interdit les marchés de prédiction, ce qui réduit la base de clients potentiels pour Arena, surtout si elle décide de passer à des options de pari en argent réel.
Face à ces défis, le succès de Meta dans le domaine des marchés de prédiction reste incertain. Toutefois, l’entreprise espère que, tout comme le lancement de Threads en 2023 qui a réussi à surpasser X (anciennement Twitter) en termes d’utilisateurs actifs quotidiens sur mobile trois ans plus tard, Arena pourrait également trouver sa place sur ce marché en pleine croissance. Néanmoins, les risques réglementaires et l’opposition croissante des régulateurs représentent des obstacles majeurs que Meta devra surmonter pour réussir dans ce nouvel espace.
