Le 17 juillet 2025, le Conseil d’État français a rendu une décision qui pourrait bouleverser le secteur des casinos en France, en impliquant Groupe Partouche dans une affaire complexe avec la municipalité de Berck-sur-Mer, au sujet d’un bâtiment appartenant au groupe. Un conflit qui dépasse désormais le cadre d’un simple désaccord local, mettant en lumière l’extension potentiellement préoccupante de la théorie française du « bien de retour ».
Depuis 34 ans, Groupe Partouche exploitait un casino à Berck-sur-Mer, jusqu’à ce que la municipalité décide de ne pas renouveler la licence d’exploitation, la transférant à un nouveau titulaire, le groupe belge Infiniti. Or, la propriété du bâtiment, acheté en 1997 par Partouche et loué à sa filiale opératrice, est au cœur du litige. La question posée est cruciale : ce bâtiment privé peut-il être considéré comme un « bien de retour », un concept juridique spécifique aux délégations de service public en France, qui permettrait son transfert gratuit à la municipalité à la fin de la concession ?
Les casinos français fonctionnent sous le régime des délégations de service public (DSP), où les exploitants ont l’obligation d’offrir non seulement des jeux d’argent, mais aussi des activités culturelles et de loisir. Bien que les jeux d’argent ne soient pas un service public en soi, ils prennent cette dimension par l’offre de services annexes.
La décision du Conseil d’État, inédite, a statué que des actifs appartenant à un tiers pourraient être qualifiés de biens de retour si deux conditions sont remplies : la présence de liens économiques étroits entre le propriétaire et le concessionnaire, et l’utilisation exclusive du bien pour l’exploitation de la concession. Cette décision pourrait signifier qu’un propriétaire privé pourrait avoir tacitement consenti à ce que son bien soit affecté à un service public, et donc transférable gratuitement en fin de concession.
Cette interprétation a provoqué une vive réaction parmi les experts juridiques, qui estiment que seule une cour judiciaire devrait interpréter des contrats de droit privé. Selon eux, cette décision prise dans le cadre d’une procédure d’urgence pourrait entraîner une violation des droits de propriété.
En réaction à cette décision, la municipalité de Berck-sur-Mer a lancé un nouvel appel d’offres, se considérant comme propriétaire du bâtiment vendu à Partouche. Ce dernier a refusé de participer, revendiquant sa propriété légitime. Les jugements contradictoires des tribunaux judiciaire et administratif illustrent bien le conflit entre droits de propriété et analyse en droit public.
Le 18 février, la municipalité a pris possession du bâtiment, malgré les décisions judiciaires contraires. Le 4 mars, le Conseil d’État a confirmé cette classification du bâtiment en tant que bien de retour.
Pour certains observateurs de l’industrie, cette affaire soulève des questions sur l’essence même des biens de retour, traditionnellement réservés aux infrastructures essentielles de services publics, comme l’eau ou l’électricité. Un casino, disent-ils, ne répond pas à ces critères puisqu’il s’agit d’une entreprise privée ne fournissant pas un service public, et d’autant plus que le bâtiment n’est pas indispensable au fonctionnement d’une DSP.
Un acteur de l’industrie qualifie cette situation d’ »absolument stupéfiante », soulignant que la France semble être la seule à s’appuyer sur ce principe, ignorant les contrats régissant ce type de concessions. Des recours pourraient être envisagés au niveau européen, pour faire valoir les lois sur la concurrence, la liberté d’établissement et les marchés publics.
Historiquement, dans les années 1990, plusieurs municipalités ont vendu aux opérateurs les bâtiments abritant les casinos, faute de moyens pour les entretenir. Les groupes tels que Barrière, Partouche et Tranchant en sont souvent devenus propriétaires. Cette affaire pourrait créer un précédent, poussant d’autres villes à revendiquer des biens selon le modèle de bien de retour, entraînant des tensions entre législateurs et exploitants.
La conclusion de cette affaire pourrait avoir d’énormes répercussions pour le secteur des casinos en France. Bien que peu probable que d’autres villes suivent l’exemple de Berck-sur-Mer, le risque théorique d’une extension de la classification de bien de retour à des bâtiments privés inquiète. Groupe Partouche, tout en restant discret sur le différend en cours, semble se préparer à faire appel devant les juridictions européennes, soulignant ainsi l’importance et la portée de ce litige.

Bernard Leroy est un rédacteur expérimenté dans le domaine des jeux d’argent en ligne et des casinos virtuels. Il a débuté sa carrière il y a + de 10 ans en écrivant des articles sur les stratégies de poker et de blackjack e ligne pour différents sites web spécialisés.
