En janvier 2026, le président du Kenya, William Ruto, a exprimé une position ferme contre l’industrie des jeux d’argent, qu’il a comparée aux luttes contre la drogue et l’alcool. Lors d’un discours dans la circonscription de Moiben, Ruto a promis que le gouvernement élaborait de nouveaux règlements pour superviser cette industrie en raison des impacts financiers et sociaux qu’elle engendre. « Nous créons des règlements pour les jeux d’argent parce que beaucoup de gens sont déprimés. Cinq millions de personnes, c’est un très grand nombre. Nous ne pouvons pas continuer comme ça en tant que nation », a-t-il déclaré.
Ces mesures de régulation interviennent malgré l’adoption récente par le parlement kenyan d’une nouvelle loi sur le contrôle des jeux d’argent en 2025. Cette législation a été conçue pour remplacer le cadre juridique établi dans les années 1960. Elle vise à encadrer les paris, les casinos et les loteries du pays, tout en réduisant les préjudices sociaux pour les joueurs. Le nouveau cadre a également vu la création de la Gambling Regulatory Authority of Kenya, remplaçant ainsi le Betting Control and Licensing Board.
Parmi les exigences imposées aux opérateurs, figure le respect de règles publicitaires plus strictes, mises en place en juin dernier. Les publicités ne doivent pas glamouriser les paris ni utiliser des célébrités ou des influenceurs pour promouvoir les jeux. Elles doivent également éviter tout message incitant à l’action et présenter un avertissement pour le jeu responsable, soulignant que les joueurs doivent être âgés de plus de 18 ans.
Cette mise à jour reflète une industrie des jeux en pleine expansion, stimulée principalement par la pénétration croissante des téléphones mobiles. Selon GeoPoll, le Kenya est en tête de la participation aux jeux d’argent en Afrique, 82,1% des personnes interrogées ayant déclaré avoir joué. La pénétration mobile a été un moteur clé de cet engouement, avec des abonnements de données mobiles atteignant 60,2 millions à la fin de septembre 2025, dépassant la population du pays qui est légèrement supérieure à 57 millions.
Christopher Coyne, cofondateur et PDG de 888 Africa, a partagé avec iGaming Expert que « l’augmentation de la mobilité au sein des populations signifie davantage de personnes ayant accès à des téléphones avec des services web, ce qui, associé à une richesse relative croissante, a favorisé la croissance observée ces dernières années ».
Cependant, certains critiques craignent que l’accent mis sur le contrôle puisse freiner l’innovation et l’expansion économique. Un observateur de l’industrie a remarqué que « si la régulation est nécessaire, elle ne doit pas étouffer la créativité ni pénaliser les opérateurs responsables qui respectent déjà les normes éthiques strictes ».
L’année 2026 représente donc un tournant crucial pour le Kenya. Le gouvernement devra équilibrer l’application de sa nouvelle législation tout en veillant à ce que l’industrie continue de croître sans compromettre les protections sociales nouvellement mises en place. Dans ce contexte, la question se pose de savoir si ces mesures pourront maintenir un équilibre entre protection des consommateurs et développement économique.

Bertrand Robert est un rédacteur expérimenté dans le domaine des jeux d’argent en ligne et des casinos en lignes.
